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Après Wave, Djamo : la fintech francophone s’installe dans le radar mondial de l’impact

La néobanque ivoirienne Djamo figure dans le Norrsken100 2026, la sélection annuelle des 100 startups à impact les plus prometteuses du monde. Un an après le sénégalais Wave, c’est la deuxième année consécutive qu’une fintech d’Afrique francophone est distinguée. Son nom s’est affiché sur la Nasdaq Tower de Times Square. Derrière l’image, une question : que vaut cette reconnaissance pour un écosystème qui reste l’un des moins financés du continent ?

La Rédaction ACTUFIN·19 octobre 2026 à 17:58· 6 min de lectureAnalyse
Après Wave, Djamo : la fintech francophone s’installe dans le radar mondial de l’impact

Photo d'illustration · Source : Crédit photo : Djamo / Norrsken

Problématique

Les distinctions internationales se multiplient pour les startups africaines. Elles donnent de la visibilité, mais pas toujours du capital. Le passage de Djamo dans le Norrsken100 dit-il quelque chose de nouveau sur la fintech francophone, ou s’agit-il d’un succès isolé ? Et que doit-elle encore prouver pour transformer la reconnaissance en financement ?

Ce qu’est le Norrsken100

Le Norrsken100 (anciennement Impact/100, lancé en 2022) est publié chaque année par la Fondation Norrsken, organisation suédoise qui soutient les entrepreneurs s’attaquant aux grands défis mondiaux. L’édition 2026, dévoilée mi-octobre, a été établie à partir de plus de 1 400 nominations proposées par 80 fonds d’investissement en amorçage du monde entier. Les 100 entreprises retenues sont présentes dans 21 pays, avec une forte représentation des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de la Suède et de l’Espagne.

Norrsken100 2026 en chiffres

100

Startups retenues

1 400+

Nominations

80

Fonds d’amorçage nominateurs

21

Pays représentés

Les tendances de l’édition sont nettes : l’énergie propre et l’électrification constituent le premier domaine, avec 26 entreprises (+44 % sur un an), et environ une entreprise sur quatre place l’intelligence artificielle au cœur de son offre.

Deux années, deux fintechs francophones

En 2025, l’édition précédente comptait douze startups africaines, dont une seule venue d’Afrique francophone : Wave, la licorne sénégalaise du mobile money. Les onze autres venaient du Kenya, du Nigeria, d’Afrique du Sud et du Ghana.

En 2026, c’est Djamo. Le profil n’est pas le même. Wave a construit sa puissance sur le transfert d’argent à bas prix, avec plus de 20 millions d’utilisateurs actifs mensuels. Djamo, elle, a fait le pari de la néobanque : un compte, une carte, puis l’épargne et le crédit.

Wave et Djamo, deux modèles distingués

WaveDjamo
ÉditionImpact/100 2025Norrsken100 2026
Pays d’origineSénégalCôte d’Ivoire
ModèleTransfert d’argent à bas prixNéobanque : compte, carte, épargne, crédit
ÉchellePlus de 20 millions d’utilisateurs actifs mensuelsPlus d’un million de clients (avril 2025)

Deux années de suite, une fintech francophone est donc retenue par un jury international qui ne cherche pas la taille, mais l’impact et la capacité à grandir. Pour une région longtemps absente de ces radars, le signal compte.

Djamo en quelques repères

L’agrément de microfinance est le vrai tournant. Il permet à Djamo de collecter de l’épargne et de prêter, donc de passer du statut d’interface de paiement à celui d’institution financière. C’est ce que résume son message de remerciement : « Un compte, une carte, de l’épargne, du crédit ».

Le paradoxe : reconnue à New York, peu financée à domicile

La reconnaissance internationale de Djamo et Wave masque un déséquilibre persistant. Les financements de startups africaines restent concentrés sur quatre marchés, souvent appelés les « Big Four » : Nigeria, Kenya, Afrique du Sud et Égypte. Les fintechs d’Afrique francophone lèvent des montants bien inférieurs, et la plupart ne publient ni leurs volumes ni leurs revenus.

Les 17 millions de dollars levés par Djamo en 2025 en font l’une des néobanques les mieux financées de l’UEMOA. À l’échelle des grandes fintechs anglophones, c’est un tour modeste.

C’est là que le Norrsken100 peut peser. La Fondation Norrsken n’est pas qu’un jury : son écosystème comprend des fonds d’investissement dédiés à l’Afrique, dont Norrsken22, fonds de croissance de 200 millions de dollars lancé en 2022 avec une trentaine de fondateurs de licornes, et Norrsken Africa Seed pour l’amorçage. Figurer dans la sélection, c’est entrer dans le champ de vision d’investisseurs qui cherchent précisément ce type de profil.

« Norrsken, notre investisseur, qui nous a sélectionnés »

Régis Bamba · Cofondateur de Djamo

Une précision de transparence s’impose toutefois : Norrsken est déjà actionnaire de Djamo. La distinction n’en est pas moins réelle, puisque la liste est établie à partir de nominations de 80 fonds et d’un jury, mais elle vient d’un acteur qui connaît l’entreprise de l’intérieur.

Ce que cela signifie

Pour Djamo : une validation extérieure utile au moment où l’entreprise devient un acteur du crédit. Pour prêter, une fintech a besoin de capitaux et de la confiance des régulateurs. Une distinction internationale aide sur les deux plans.

Pour l’écosystème : deux années de suite, une fintech francophone est jugée au niveau mondial. Le cadre réglementaire unique de la BCEAO, le marché commun de huit pays et la plateforme de paiement instantané PI-SPI commencent à produire des entreprises capables de rivaliser en visibilité avec leurs homologues anglophones.

Pour les investisseurs : la fintech francophone n’est plus un angle mort. Mais elle reste un marché où l’information manque, ce qui freine la décision.

Ce qui reste incertain

L’idée à retenir

Times Square n’est pas le Nasdaq, mais c’est une vitrine. Après Wave en 2025, Djamo confirme en 2026 que l’Afrique francophone sait produire des fintechs reconnues au niveau mondial. La prochaine étape ne se jouera pas sur un écran géant : elle se jouera sur la capacité de ces entreprises à lever davantage, à publier leurs chiffres, et à prouver que l’impact se mesure aussi en comptes ouverts, en crédits accordés et en épargne collectée.

Catégorie · FintechAfrique de l’Ouest · Côte d’Ivoire

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