Banques francophones d'Afrique : cinq années qui ont changé le rapport de force
2021-2026 : l'Afrique bancaire francophone change de propriétaires, de champions et de modèle. 97 035 milliards FCFA de bilans cumulés UMOA-CEMAC, une vague d'acquisitions africaines et une nouvelle ère du capital.

Photo d'illustration · Source : ACTUFIN · Illustration éditoriale
2021-2026. En cinq années, l'Afrique bancaire francophone n'a pas seulement grossi : elle a changé de propriétaires, de champions et de modèle. Le centre de gravité du secteur s'est déplacé. La banque africaine francophone n'est plus seulement une filiale d'un groupe étranger ; elle devient progressivement un groupe régional qui acquiert, consolide, digitalise et parfois se cote en Bourse.
L'essentiel
97 035 Md
FCFA de bilans cumulés UMOA + CEMAC à fin 2024
148 Md €
Équivalent en euros du système bancaire francophone subsaharien
78 854 Md
FCFA de bilan pour la seule UMOA en 2025 (BCEAO)
+67 %
Croissance du bilan bancaire UMOA entre 2020 et 2025
Depuis 2021, les banques d'Afrique francophone ont connu une forte croissance des bilans, la montée en puissance des groupes bancaires africains, le retrait accéléré de plusieurs banques européennes, une vague d'acquisitions de filiales historiques, l'arrivée de nouveaux acteurs digitaux, une consolidation progressive des capitaux, une montée des exigences prudentielles et les premières véritables opérations de marché.
COMBIEN PÈSENT LES BANQUES FRANCOPHONES ?
Il faut d'abord définir le périmètre. Pour mesurer le cœur de l'Afrique francophone subsaharienne, ACTUFIN retient les deux grands espaces monétaires et bancaires francophones : l'UMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo) et la CEMAC (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad). Soit 14 pays et deux architectures distinctes : BCEAO et Commission Bancaire de l'UMOA d'un côté, BEAC et COBAC de l'autre.
UMOA · Cinq ans de croissance des bilans
| Année | Total bilan UMOA |
|---|---|
| 2020 | 47 268,9 Md FCFA |
| 2021 | 54 957,8 Md FCFA |
| 2022 | 64 059,2 Md FCFA |
| 2023 | 65 955,8 Md FCFA |
| 2024 | 72 068,3 Md FCFA |
| 2025 | 78 853,6 Md FCFA |
Entre 2020 et 2025, le bilan du système bancaire de l'UMOA a augmenté d'environ 67 %, soit une croissance annuelle moyenne proche de 10,8 %. Ce n'est pas une simple expansion comptable : elle traduit une augmentation de l'épargne collectée, du financement de l'économie, des activités de marché et des besoins de financement des entreprises et des États.
LE CRÉDIT CHANGE AUSSI D'ÉCHELLE
À fin 2024, les crédits à la clientèle dans l'UMOA atteignaient 36 888,3 milliards FCFA, contre 34 929,7 milliards en 2023. Le taux brut de dégradation du portefeuille était revenu à 8,5 %, contre 9,2 % un an plus tôt. Le résultat net des établissements de crédit atteignait 1 105,3 milliards FCFA, pour un ROE moyen de 15,6 %.
LA CÔTE D'IVOIRE, GÉANT BANCAIRE DE L'UMOA
Une constante demeure : la Côte d'Ivoire est le premier marché bancaire de l'Union. En 2024, les établissements de crédit ivoiriens représentaient environ 25 645 milliards FCFA de total bilan, soit près de 35,6 % du bilan bancaire de l'UMOA. Cette concentration explique pourquoi Abidjan est devenu le principal centre bancaire francophone d'Afrique de l'Ouest.
Poids des marchés dans le bilan bancaire UMOA (2024)
Classement UMOA par total de bilan (fin 2024)
| Rang | Établissement | Total bilan |
|---|---|---|
| 1 | Société Générale Côte d'Ivoire | 3 615 Md FCFA |
| 2 | NSIA Banque Côte d'Ivoire | 2 533 Md FCFA |
| 3 | Coris Bank International | 2 527 Md FCFA |
| 4 | BNI Côte d'Ivoire | 2 360 Md FCFA |
| 5 | Banque Atlantique Côte d'Ivoire | 2 290 Md FCFA |
| 6 | Ecobank Côte d'Ivoire | 2 047 Md FCFA |
| 7 | Banque Malienne de Solidarité | 1 712 Md FCFA |
CORIS, LE NOUVEAU MODÈLE BANCAIRE BURKINABÈ
En 2021, Coris était déjà un groupe régional en expansion. Entre 2021 et 2026, son histoire change de dimension : lancement de Coris Bank Guinea en 2021, implantation en Guinée-Bissau en 2022, reprise des activités de détail de Standard Chartered en Côte d'Ivoire en 2023, acquisition de 67,8 % de Société Générale Tchad, puis entrée en zone CEMAC.
En 2025, Coris Bank International Burkina Faso et sa succursale du Niger affichaient près de 2 997 milliards FCFA de bilan, en hausse de 11,7 %, pour 2 015,3 milliards de ressources clientèle. Le groupe est devenu un cas d'école : une banque créée en Afrique francophone qui ne se contente plus de défendre son marché domestique, mais utilise son capital et son réseau pour acheter de la croissance régionale.
VISTA, L'AUTRE CHAMPION DE LA CONSOLIDATION
En juin 2021, Vista finalisait l'acquisition de la participation majoritaire de BNP Paribas dans BICIAB au Burkina Faso, qui devenait Vista Bank Burkina. En 2023, le groupe signait avec Société Générale pour reprendre notamment ses activités burkinabè ; l'opération était finalisée en juin 2025. Les filiales de banques européennes sont devenues des actifs de consolidation pour des groupes africains.
« Ce que les groupes européens considèrent comme un actif non essentiel devient, pour un groupe africain, une plateforme de croissance immédiate. »
2023, L'ANNÉE QUI A CHANGÉ LE RAPPORT DE FORCE
Le 8 juin 2023, Société Générale annonce plusieurs accords de cession de filiales africaines. Pour l'Afrique francophone, deux noms deviennent immédiatement centraux : Vista et Coris. Congo et Guinée équatoriale sont orientés vers Vista, Mauritanie et Tchad vers Coris. Pendant des décennies, les banques françaises avaient constitué un réseau majeur dans leurs anciennes zones d'influence ; en quelques années, certaines de ces positions passent à des groupes africains.
Société Générale n'est pas seule. BNP Paribas a réduit sa présence, Standard Chartered a annoncé la sortie de plusieurs marchés africains, Barclays a cédé ses dernières participations dans Absa, Crédit Agricole a réduit son exposition. Le mouvement n'est pas uniquement politique : il répond à une logique de coût du capital, de conformité, de risque, de rentabilité et de complexité opérationnelle.
Société Générale · Cinq ans de repli sélectif
| Date | Opération |
|---|---|
| Mai 2023 | Slawomir Krupa devient directeur général du groupe |
| Juin 2023 | Accords de cession : Congo, Guinée équatoriale, Mauritanie, Tchad |
| 2024 | Cession de 57,93 % de Société Générale Guinée à Atlantic Financial Group |
| 2024 | Sortie du Bénin et de la succursale du Togo |
| Janvier 2025 | Vente de Société Générale Mauritanie à un consortium mené par Enko Capital |
CORIS ENTRE EN CEMAC
Le 30 janvier 2024, Coris finalise l'acquisition de 67,8 % de Société Générale Tchad. L'implantation est officiellement lancée sous la marque Coris Bank International Tchad en juin 2025. Pour la première fois, Coris n'est plus seulement un groupe de l'UEMOA : il devient un groupe ouest- et centre-africain.
CEMAC : UN MARCHÉ DE PRÈS DE 25 000 MILLIARDS FCFA
CEMAC · Fin 2024
56
Banques en activité dans la zone
24 967 Md
FCFA de total bilan, en hausse de 11,5 %
17 995 Md
FCFA de dépôts collectés
1 889 Md
FCFA de fonds propres nets, +40 % sur un an
Les crédits bruts atteignaient 12 501 milliards FCFA. Les 56 banques se répartissent de façon très inégale entre les six États membres.
Répartition des banques en zone CEMAC (2024)
| Pays | Nombre de banques |
|---|---|
| Cameroun | 19 |
| Congo | 10 |
| Tchad | 10 |
| Gabon | 8 |
| Guinée équatoriale | 5 |
| République centrafricaine | 4 |
| Total | 56 |
Au Cameroun, Afriland First Bank reste un cas particulier : selon le rapport annuel 2024 de Société Générale Cameroun, la banque détenait environ 23,71 % du marché des crédits, avec un encours de 1 273 milliards FCFA à fin 2024, contre 757 milliards pour Société Générale Cameroun. En CEMAC, les banques africaines locales ont déjà une position très forte face aux filiales européennes.
LA CEMAC ENTRE DANS UNE NOUVELLE ÈRE DE CAPITAL
L'année 2026 marque une rupture réglementaire. La COBAC a adopté en décembre 2025 le règlement COBAC R-2025/02 : depuis le 1er janvier 2026, le capital social minimum requis pour une nouvelle banque passe de 10 à 25 milliards FCFA. Les établissements existants disposent d'une période de transition jusqu'à fin 2029.
Paliers de capital minimum en zone CEMAC
BGFI, LE SYMBOLE DU NOUVEAU CAPITAL BANCAIRE
La transformation de BGFIBank est probablement l'un des événements les plus importants de la période. En décembre 2024, BGFI Holding annonce officiellement son projet d'introduction en Bourse. Le 7 mai 2026, le groupe fait son entrée à la BVMAC et devient la première multinationale de la CEMAC à accéder au compartiment actions de la Bourse régionale. L'opération a mobilisé 45 milliards FCFA auprès de 7 601 souscripteurs issus de 24 pays.
L'effet BGFI sur la BVMAC
479 Md
FCFA de capitalisation actions avant l'opération
1 658 Md
FCFA après l'entrée de BGFI Holding
+246 %
Progression de la capitalisation du compartiment actions
7 601
Souscripteurs issus de 24 pays
Le mouvement ne concerne pas seulement la holding. Le 27 février 2026, BGFIBank Cameroun a validé une augmentation de capital portant celui-ci de 20 à 50 milliards FCFA, très au-delà du nouveau minimum réglementaire. Les groupes les plus solides ne cherchent plus à satisfaire le minimum : ils cherchent à créer une marge de croissance.
LE RETOUR DU CAPITAL AFRICAIN
Le transfert de propriété 2021-2026
| Hier | Aujourd'hui |
|---|---|
| BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole | Coris, Vista, AFG |
| Standard Chartered, Barclays | BGFI, NSIA |
| Filiales détenues depuis l'Europe | Holdings régionales africaines |
| Réseaux d'agences hérités | Plateformes digitales et paiements |
NSIA Banque Côte d'Ivoire illustre l'autre voie, celle de la croissance organique. À fin 2025 : 3 073 milliards FCFA de total bilan, 112,9 milliards de PNB, 40,7 milliards de résultat net et 2 242 milliards de ressources clientèle, avec un bilan en hausse de 22 % en un an et un PNB en progression de 15 %. La création de champions francophones ne passe donc pas uniquement par l'acquisition.
Le retrait du groupe Société Générale de plusieurs marchés ne signifie pas que ses filiales les plus performantes ont perdu leur puissance. En 2025, Société Générale Côte d'Ivoire affichait 3 769 milliards FCFA de total bilan, 276 milliards de PNB, 101,4 milliards de résultat net et un coefficient d'exploitation de 38,8 %. La stratégie n'est pas de sortir d'Afrique, mais de concentrer le capital sur les franchises les plus performantes.
LES GROUPES PANAFRICAINS : BOA ET ATTIJARIWAFA
Bank of Africa affichait en 2025 un total bilan consolidé de 12,295 milliards d'euros, contre 11,204 milliards en 2024, avec environ 529 agences et plus de 6 400 collaborateurs. Son modèle diffère de celui de Coris ou Vista : une présence géographique ancienne et diversifiée, adossée à un actionnariat de référence marocain, qui fait le pont entre le Maroc, l'Afrique de l'Ouest, l'Afrique centrale et l'Afrique de l'Est.
Attijariwafa bank · Chiffres consolidés à fin 2025
| Indicateur | Montant |
|---|---|
| Total bilan consolidé | 795,5 Md DH |
| Fonds propres | 80,5 Md DH |
| Produit net bancaire | 34,9 Md DH |
| Résultat net consolidé | 12,4 Md DH |
| Résultat net part du groupe | 10,6 Md DH |
À fin 2025, le total bilan des banques marocaines sur base sociale atteignait 2 039 milliards de dirhams, contre 1 909 milliards en 2024, pour 24 banques dont cinq participatives, représentant 82,1 % du total des actifs du secteur. Le Maroc doit toutefois être traité séparément : monnaie propre, banque centrale propre, architecture prudentielle différente et marché financier beaucoup plus profond.
LES NOUVEAUX ENTRANTS ET LA FIN DU MONOPOLE DU PAIEMENT
La période n'a pas été uniquement celle des acquisitions. Orange Bank Africa, lancée en Côte d'Ivoire en 2020 avec une stratégie centrée sur les services financiers digitaux, a modifié la structure de la concurrence. Le client ne compare plus banque A contre banque B, mais banque traditionnelle contre banque digitale, mobile money et fintech.
LE CHANGEMENT DE GOUVERNANCE
Les hommes du cycle 2021-2026
| Institution | Dirigeant | Élément marquant |
|---|---|---|
| BCEAO | Jean-Claude Kassi Brou | Gouverneur depuis 2022, architecte de la politique monétaire post-Covid de l'UEMOA |
| BEAC / COBAC | Yvon Sana Bangui | Nommé gouverneur le 9 février 2024, président statutaire de la COBAC |
| Société Générale | Slawomir Krupa | Directeur général depuis mai 2023, accélération de la revue du portefeuille africain |
| BGFIBank | Henri-Claude Oyima | PDG historique, nommé ministre d'État de l'Économie du Gabon en 2025 |
| NSIA Banque CI | Léonce Yacé | Départ de la direction générale annoncé en 2026 pour NSIA Holding Financière |
TROIS CATÉGORIES DE PUISSANCE
La nouvelle hiérarchie bancaire francophone
| Catégorie | Acteurs | Logique de puissance |
|---|---|---|
| Géants continentaux | Attijariwafa Bank, Bank of Africa, BGFIBank | Taille et présence dépassant largement le marché domestique |
| Conquérants régionaux | Coris, Vista, NSIA, Orabank | Expansion géographique, acquisition, spécialisation |
| Champions nationaux | BNI CI, Société Générale CI, Afriland, BMS Mali, CBAO, Banque Atlantique, Ecobank | Positions dominantes sur leurs marchés respectifs |
Orabank illustre la limite du modèle purement expansif : à fin 2025, la holding affichait 4 014 milliards FCFA de total bilan consolidé pour 21,64 milliards de résultat net. Le groupe reste un acteur majeur, mais sa trajectoire montre que la taille ne suffit plus. La prochaine étape sera celle de la rentabilité durable et de la qualité du capital.
LE VRAI PROBLÈME : LA TAILLE MOYENNE
L'UMOA comptait 135 banques à fin 2024, la CEMAC 56, soit près de 191 établissements dans les deux grands espaces bancaires francophones subsahariens. Mais leur taille est extrêmement hétérogène. La COBAC estime qu'une part importante du secteur demeure constituée d'établissements de petite taille. Le relèvement du capital minimum à 25 milliards FCFA laisse quatre options aux plus fragiles : lever du capital, trouver un investisseur stratégique, se faire acquérir ou fusionner.
Les 10 chiffres à retenir
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Bilans UMOA 2020 | 47 269 Md FCFA |
| Bilans UMOA 2025 | 78 854 Md FCFA |
| Croissance UMOA 2020-2025 | environ +67 % |
| Bilans CEMAC 2024 | 24 967 Md FCFA |
| Banques UMOA 2024 | 135 |
| Banques CEMAC 2024 | 56 |
| Banques UMOA + CEMAC | environ 191 |
| Crédit UMOA 2024 | 36 888 Md FCFA |
| Crédit CEMAC 2024 | 12 501 Md FCFA |
| Capital minimum CEMAC depuis 2026 | 25 Md FCFA |
ACTUFIN ANALYSE
La banque francophone n'est pas en déclin : elle change de propriétaire. C'est probablement la meilleure manière de résumer les cinq dernières années. La réduction de la présence de certaines banques européennes a souvent été interprétée comme un signe de faiblesse du secteur bancaire africain. C'est une lecture incomplète : le marché a également produit une génération de groupes africains capables de reprendre les actifs cédés.
Mais la prochaine étape sera plus difficile. Acheter une banque est relativement simple ; l'intégrer l'est beaucoup moins. Il faut harmoniser les systèmes informatiques, gérer les risques, intégrer les équipes, maintenir les clients, absorber les créances douteuses, renforcer la conformité et préserver la rentabilité. La réussite de Coris, Vista ou des autres ne se mesurera pas au nombre de filiales, mais au ROE, à la qualité du portefeuille, au coût du risque et à la rentabilité par filiale.
« Combien de cette puissance financière retourne réellement vers les PME, l'agriculture, l'industrie, la logistique, l'énergie et les infrastructures africaines ? »
La carte du pouvoir bancaire francophone en 2026
Maroc
Attijariwafa Bank, BCP et Bank of Africa : le deuxième grand pôle bancaire francophone du continent et l'un de ses premiers investisseurs.
Afrique de l'Ouest
Coris, Vista, NSIA, Orabank, AFG, BOA et Ecobank structurent un marché désormais moins fragmenté autour d'Abidjan et de Ouagadougou.
Afrique centrale
BGFI, Afriland, AFG, BICEC, CCA Bank, Ecobank et UBA affrontent le relèvement du capital minimum et une consolidation annoncée.
Nouvelle frontière
Banque digitale, paiements instantanés, fintech, intelligence artificielle, données, open banking et finance verte.
En cinq ans, l'Afrique francophone n'a pas seulement vu grossir ses banques : elle a commencé à reprendre le contrôle de son système bancaire.
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