
LE TEST ACTUFIN 2026
Sur 59 fonds d’investissement de l’UEMOA, seuls 4 battent le Trésor et la Bourse deux ans de suite
Le rendement ne suffit pas.
Encore faut-il battre son alternative.
2024 & 2025 · Gestion d’actifs · UEMOA
Une : illustration fournie à ACTUFIN, non documentaire. Les courbes et billets représentés sont illustratifs.
Votre fonds bat-il le Trésor ?
Les fonds d’investissement de l’UEMOA communiquent sur leurs performances. ACTUFIN pose une autre question, la seule qui compte pour l’épargnant : ce fonds m’a-t-il rapporté plus que ce que j’aurais obtenu sans gestionnaire, en achetant simplement des titres d’État ou l’indice de la Bourse ? Sur 59 fonds suivis en 2024 et 2025, 4 seulement ont battu leur référence les deux années.
4 / 59
Fonds qui passent le test deux années de suite
2024–2025
Deux exercices comparés, référence par catégorie
3,6 %
Encours des fonds / dépôts bancaires, fin 2024
5,90 %
Coupon de référence grand public, Côte d’Ivoire
La question qui change la lecture
Un fonds d'investissement facture des frais pour une promesse : faire mieux que ce que l'épargnant obtiendrait seul. Dans l'UEMOA, près de 77 % des actifs des fonds sont investis en obligations, essentiellement des titres d'Etat. Si un fonds obligataire rapporte moins que les titres qu'il achète, que paie l'épargnant ? Jusqu'ici, aucun média de la région ne mesurait cet écart. Les classements publiés comparent les fonds entre eux, ou à l'indice boursier. ACTUFIN les compare a l'alternative la plus simple.
L’indicateur ACTUFIN de l’épargne dormante
Pour 100 FCFA déposés dans les banques de l'UEMOA, 3,6 FCFA seulement sont gérés par un fonds d'investissement.
- Fonds (OPC) de l'UEMOA : 1 722,9 milliards de FCFA d'encours fin 2024 (AMF-UMOA).
- Dépôts de la clientèle des banques de l'UMOA : environ 48 229 milliards de FCFA fin 2024 (calcul ACTUFIN à partir de la Commission bancaire, les dépôts représentant 83,3 % des ressources bancaires).
- Ratio : 3,6 %.
Au Maroc, le même ratio atteint environ 51 % fin 2024 et 57 % fin 2025 (785,1 milliards de dirhams d'OPCVM pour 1 367,7 milliards de dirhams de dépôts bancaires). À année comparable (fin 2024), l'épargne marocaine est environ quatorze fois plus "travaillée" par la gestion d'actifs que l'épargne ouest-africaine.
Autre repère : fin 2025, l'encours de monnaie électronique de l'UMOA atteignait 1 923,2 milliards de FCFA (+35,2 %), déjà supérieur au dernier encours connu de tous les fonds d'investissement de l'Union (1 722,9 milliards fin 2024). Il dort aujourd'hui plus d'argent sur les portefeuilles mobile money que n'en gèrent les fonds de la région.
ACTUFIN publiera cet indicateur chaque année.

La méthode du Test ACTUFIN
Ce qui est mesuré La performance annuelle 2024 et 2025 de chaque fonds, calculée par ACTUFIN à partir des valeurs liquidatives officielles publiées au Bulletin officiel de la cote de la BRVM (fin décembre 2023, 2024 et 2025), complétées par les données de RichBourse lorsque la valeur de fin d'année manquait. Ces performances sont nettes des frais de gestion et de dépôt, mais ne tiennent pas compte des frais d'entrée et de sortie.
Les références (ce que l'épargnant aurait obtenu sans gestionnaire)
- Fonds actions : l'indice BRVM Composite (+28,89 % en 2024, +25,26 % en 2025). C'est un indice de prix, hors dividendes : la référence est donc favorable aux fonds.
- Fonds diversifiés : un mélange à parts égales de l'indice BRVM Composite et du rendement moyen des obligations d'État (18,09 % en 2024, 16,26 % en 2025).
- Fonds obligataires et monétaires : le rendement moyen des obligations d'État émises sur le marché régional (environ 7,29 % en 2024 et 7,26 % en 2025, moyenne des taux trimestriels publiés par la BCEAO).
- Référence complémentaire pour l'épargnant particulier : le coupon des emprunts obligataires de l'État de Côte d'Ivoire ouverts au public (5,90 % sur les tranches 2024-2029 et 2025-2030).
Pourquoi deux références obligataires ? Les adjudications de titres d'État sont réservées aux institutionnels. Un particulier n'y accède qu'à travers les emprunts ouverts au public, ou... à travers un fonds. La première référence juge le gestionnaire face au marché ; la seconde, face à l'alternative réelle du particulier.
Le champ 71 fonds collectés, dont 59 disposant de données complètes sur 2024 et 2025. Les fonds dont les données étaient incomplètes (Atlantic Asset Management, Attijari, fonds de BOA Capital Asset Management autres que Rendement et Emergence, notamment) sont exclus de cette édition.
Le verdict en trois chiffres
| 2024 | 2025 | Les deux années | |
|---|---|---|---|
| Fonds actions qui battent la BRVM | 1 sur 9 | 10 sur 12 | 1 sur 9 |
| Fonds diversifiés qui battent leur référence | 2 sur 31 | 13 sur 37 | 1 sur 31 |
| Fonds obligataires et monétaires qui battent le Trésor | 3 sur 19 | 5 sur 22 | 2 sur 19 |
| Ensemble | 6 sur 59 | 28 sur 71 | 4 sur 59 (7 %) |
Le périmètre 2025 comprend 71 fonds ; le test sur deux années conserve les 59 fonds disposant de données comparables. Chaque fonds est confronté à la référence de sa catégorie, et non simultanément au Trésor et à la BRVM.

Les fonds obligataires : le paradoxe du Trésor
C'est la découverte majeure du test. La médiane des fonds obligataires et monétaires a rapporté 5,84 % en 2024 et 5,64 % en 2025, alors que l'État empruntait en moyenne à plus de 7 % sur le marché régional.
Sur deux ans (2024-2025 cumulés), un portefeuille au rendement moyen des obligations d'État aurait rapporté environ 15,1 %. Seuls deux fonds obligataires ou monétaires font mieux : FCP BAM Trésor (Baobab Asset Management, 15,7 %) et FCP Ecobank UEMOA Rendement (EDC Asset Management, 24,8 %). Ce dernier, classé comme obligataire, affiche des performances de fonds diversifié (15,2 % en 2025, 33,4 % depuis janvier 2026) : sa classification mérite d'être clarifiée.
Les 17 autres font moins bien, avec des cumuls compris entre 2,5 % et 13,6 %.
La nuance qui change la lecture : face au Trésor accessible au particulier (5,90 %), le tableau est plus équilibré. 9 fonds sur 19 font mieux en 2024, et 10 sur 22 en 2025. Autrement dit, pour un particulier qui n'a pas accès aux adjudications, un bon fonds obligataire reste une alternative défendable à l'emprunt grand public. Mais un sur deux fait moins bien qu'un simple emprunt d'État ouvert au public, avec des frais en plus.
Pourquoi cet écart ? Plusieurs explications, que les gestionnaires devraient expliciter :
- les frais de gestion (1,65 % TTC par an pour l'un des prospectus consultés, auxquels s'ajoutent des frais de dépôt) ;
- la part de liquidités conservée pour honorer les rachats ;
- des portefeuilles achetés en 2021-2022, quand les obligations d'État rapportaient environ 5,5 %, avant la remontée des taux.
Les fonds actions : une année ne fait pas un gestionnaire
En 2024, un seul fonds actions sur neuf a battu l'indice BRVM Composite (+28,89 %). En 2025, dix sur douze l'ont battu. Sur les deux années, un seul fonds a battu l'indice à chaque fois : FCP-1 Opti Placement (OAM SA, Togo), avec +33,1 % en 2024 et +59,3 % en 2025.
Leçon : la performance spectaculaire des fonds actions en 2025 et en 2026 (plus de 40 % depuis janvier pour plusieurs d'entre eux) est d'abord celle de la bourse régionale. L'indice BRVM Composite a progressé de 28,9 % en 2024 et de 25,3 % en 2025. Battre une bourse en forte hausse une année ne prouve pas un talent ; le battre de façon régulière, si. Et la référence retenue ici, un indice hors dividendes, est la plus clémente possible.
Les fonds diversifiés : la catégorie la plus fréquente, la moins convaincante
Les fonds diversifiés sont les plus nombreux de l'échantillon (31 en 2024, 37 en 2025). Face à une référence mi-actions mi-Trésor, 2 seulement font mieux en 2024 et 13 en 2025. Sur les deux années, un seul y parvient : FCP Bridge Diversifié Croissance (Bridge Asset Management), avec +19,45 % et +19,93 %.
Beaucoup de fonds diversifiés sont en réalité très prudents, avec une faible part d'actions. Leur performance doit alors être jugée face au Trésor plutôt que face à la bourse : dans ce cas, la plupart font mieux que les titres d'État en 2025. Le problème est d'abord un problème d'étiquette. L'épargnant ne sait pas toujours ce qu'il achète.
Les 4 fonds qui ont réussi le test en 2024 et 2025
| Fonds | Société de gestion | Catégorie | 2024 | 2025 | Référence battue |
|---|---|---|---|---|---|
| FCP-1 Opti Placement | OAM SA | Actions | 33,11 % | 59,34 % | BRVM Composite |
| FCP Bridge Diversifié Croissance | Bridge Asset Management | Diversifié | 19,45 % | 19,93 % | 50/50 BRVM-Trésor |
| FCP BAM Trésor | Baobab Asset Management | Obligataire court terme | 7,41 % | 7,71 % | Trésor |
| FCP Ecobank UEMOA Rendement | EDC Asset Management | Obligataire (classification à vérifier) | 8,28 % | 15,21 % | Trésor |
Note : certaines valeurs liquidatives de fin d'année publiées au Bulletin officiel de la cote datent de quelques jours avant le 31 décembre. Les performances concernées couvrent donc environ onze mois et demi à douze mois.
Ce que cela signifie
Pour l'épargnant. Avant d'acheter un fonds obligataire, comparez sa performance passée au coupon du dernier emprunt d'État ouvert au public. Si le fonds fait moins bien, sa seule valeur ajoutée est la liquidité et la diversification, pas le rendement. Et n'oubliez pas les frais d'entrée (souvent autour de 1,5 %), qui ne figurent pas dans les performances publiées.
Pour les gestionnaires. La comparaison avec le Trésor deviendra la question des clients informés. Les sociétés de gestion qui publient leurs frais, leur exposition réelle aux actions et une référence de performance claire gagneront la confiance des épargnants.
Pour le régulateur. Les prospectus fixent rarement une référence de performance explicite. L'AMF-UMOA pourrait imposer, comme en Europe, la publication d'un indicateur de référence et des frais courants dans un document d'information standardisé.
Pour la région. Avec 3,6 FCFA en fonds pour 100 FCFA en banque, l'UEMOA a un immense potentiel de développement de la gestion d'actifs. Mais il ne se réalisera que si les fonds prouvent qu'ils font mieux que l'État.
Ce qui reste incertain
- Les fonds distribuant des dividendes voient leur valeur liquidative baisser à chaque versement : leur performance réelle est sous-estimée dans ce test. Leur politique de distribution doit être vérifiée fonds par fonds.
- La référence obligataire est le rendement des nouvelles émissions. Un fonds détenant des titres plus anciens, émis à des taux plus bas, est mécaniquement désavantagé à court terme.
- Les encours des fonds et les frais ne sont pas publiés de manière centralisée : le test ne peut pas encore pondérer les résultats par la taille des fonds.
- Les derniers chiffres officiels d'encours de l'AMF-UMOA datent de fin 2024 ; le rapport 2025 n'était pas consultable à la date de rédaction.
- L'inflation de l'UEMOA a été de 3,5 % en 2024 et de 0,0 % en 2025 (BCEAO). En 2025, performances nominales et réelles se confondent ; en 2024, la médiane obligataire n'a rapporté qu'environ 2,3 % en termes réels.
Droit de réponse
Avant publication, ACTUFIN adresse à chaque société de gestion citée les calculs la concernant. Toute correction documentée (valeur liquidative, distribution de dividendes, classification) sera intégrée. Les sociétés de gestion qui souhaitent figurer dans l'édition 2027 peuvent transmettre leurs encours, frais courants et indicateurs de référence.
L’idée à retenir
En 2024 et 2025, la plupart des fonds d'investissement de l'UEMOA ont fait moins bien que l'État qu'ils financent ou que la bourse sur laquelle ils investissent. Seuls 4 fonds sur 59 ont battu leur référence deux années de suite. La gestion d'actifs ouest-africaine n'a pas d'abord un problème de taille. Elle a un problème de preuve.
Note méthodologique : performances calculées par ACTUFIN à partir des valeurs liquidatives publiées au Bulletin officiel de la cote de la BRVM (29/12/2023, 31/12/2024, 31/12/2025) et des données de RichBourse (consultées le 13/10/2026). Lorsque la valeur liquidative de fin 2025 manquait, elle a été reconstituée à partir de la valeur liquidative actuelle et de la performance depuis le 1er janvier 2026 ; cette méthode a été vérifiée sur 33 fonds (31 concordances à moins de 0,1 point). Rendements obligataires de référence : moyenne simple des taux moyens pondérés trimestriels des obligations du marché des titres publics, BCEAO. Aucune société de gestion n'a rémunéré ou relu ce test.
Sources : BRVM (Bulletins officiels de la cote ; bilan 2025) ; RichBourse ; Sika Finance ; AMF-UMOA (rapport annuel 2024) ; BCEAO (bulletins trimestriels des statistiques, rapport annuel 2025, rapport sur les prix à la consommation 2025, note de conjoncture août 2026) ; Commission bancaire de l'UMOA (rapports annuels 2024 et 2025) ; UMOA-Titres ; Bank Al-Maghrib et ASFIM (via Infomédiaire, Ecoactu, FNH) ; prospectus du FCP Enko Capital Liquidité ; Financial Afrik ; AllAfrica.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Ce dossier est une analyse éditoriale, pas une recommandation personnalisée d’investissement.
Méthodologie ACTUFINDOSSIERS ACTUFIN
L’intelligence économique en profondeur
