Face aux chocs globaux, l'Afrique muscle son « infrastructure grise » avec le Réseau des économistes en chef
Lancé à Abidjan sous l'égide de la BAD, du PNUD et de l'OCDE, le Réseau africain des économistes en chef entend imposer une parole analytique souveraine et réactive face aux chocs exogènes.

Photo d'illustration · Source : © BAD / PNUD / OCDE
ABIDJAN. C'est une petite révolution de palais dans l'architecture financière du continent. Réunis à Abidjan sous la triple égide de la Banque africaine de développement (BAD), du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et de l'OCDE, les décideurs et penseurs du continent ont officialisé le lancement du Réseau africain des économistes en chef.

Alors que les vagues d'inflation importée et le durcissement historique des politiques monétaires occidentales continuent de restreindre l'espace budgétaire des États africains, la création de ce réseau sonne comme une riposte doctrinale. L'objectif ? Rompre avec la dépendance historique vis-à-vis des diagnostics économiques produits à l'extérieur pour imposer une parole analytique souveraine, ultra-réactive et ancrée dans les réalités de terrain.
Une task-force macroéconomique contre les chocs exogènes
Conçu comme une plateforme de coordination à l'échelle continentale, ce réseau n'a pas vocation à être un simple think tank académique de plus. Il est structuré pour fonctionner comme un organe d'alerte rapide et d'aide à la décision face aux crises systémiques (tensions sur les chaînes d'approvisionnement, volatilité des cours des matières premières, crises de liquidités).
Pour les directeurs de la recherche et économistes en chef des banques centrales, des ministères des Finances et des institutions de développement régionales, cette synergie doit permettre d'harmoniser les cadres de modélisation macroéconomique. Face à l'imprévisibilité des marchés mondiaux en 2026, l'accès à des données harmonisées et en temps réel est devenu le nerf de la guerre.
Investir dans l'immatériel pour pérenniser la croissance
Au-delà de la gestion de l'urgence, les débats d'Abidjan ont mis en lumière un impératif de long terme : le renforcement de ce que les experts de la BAD qualifient désormais d'« infrastructures immatérielles ».
L'analyse d'ActuFin
Pendant des décennies, l'accent a été mis quasi exclusivement sur les infrastructures physiques — routes, ports, centrales électriques. Si ces chantiers restent vitaux, ils perdent de leur efficacité en l'absence d'une souveraineté de la donnée. Produire nos propres statistiques, modéliser localement l'impact des réformes fiscales et évaluer scientifiquement les politiques de redistribution : voilà le véritable levier pour sortir de la vulnérabilité macroéconomique.
En unifiant la voix des économistes en chef du continent, cette nouvelle institution entend également peser davantage dans les négociations financières multilatérales (notamment au sein du G20, où l'Union africaine siège désormais comme membre permanent). Une étape cruciale pour que l'Afrique ne subisse plus les règles du jeu financier international, mais participe activement à leur réécriture.

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