BEAC contre FMI : le bras de fer sur le guichet spécial de refinancement productif
Suspendu depuis le 2 avril 2026 à la demande du FMI, le guichet spécial de refinancement des crédits productifs oppose la BEAC, qui y voit un outil d'industrialisation, à Washington, qui exige sa disparition.
Photo d'illustration · Source : Unsplash
YAOUNDÉ, C'est l'un des dossiers les plus sensibles de la politique monétaire en Afrique centrale. Le guichet spécial de refinancement des crédits productifs, instauré par la BEAC pour soutenir le financement bancaire des grands projets structurants et des PME industrielles, est suspendu depuis le 2 avril 2026 à la demande explicite du FMI. Il n'a pas, à ce stade, été formellement supprimé.
L'outil permet aux banques primaires de la zone CEMAC de refinancer, à des conditions préférentielles, certains portefeuilles de crédit orientés vers la production locale : agro-industrie, énergie, logement social, industrialisation. Pour la BEAC, il s'agit d'un mécanisme contra-cyclique légitime, adapté à une région dont le tissu bancaire reste dominé par des logiques de court terme et de collateral.
Le FMI y voit au contraire une entorse à l'orthodoxie monétaire. Selon Washington, ce type de guichet fléché brouille la lisibilité de la politique monétaire, alimente potentiellement l'inflation, et introduit un risque de sélection adverse dans l'octroi du crédit. L'institution plaide pour un abandon progressif mais définitif du dispositif, dans le cadre des programmes en cours avec les États de la CEMAC.
Politiquement, la ligne de fracture est nette. Libreville, Yaoundé et Brazzaville appuient discrètement la BEAC, craignant qu'un durcissement orthodoxe ne freine la relance du crédit à l'économie réelle dans un contexte de reprise fragile. À l'inverse, les États les plus dépendants des financements FMI et Banque mondiale sont plus alignés sur la ligne de Washington.
Techniquement, le compromis se dessine autour d'une reformulation. Plusieurs sources proches du dossier évoquent une refonte du guichet, avec plafonds resserrés, éligibilité plus stricte, reporting renforcé auprès du régulateur, et sortie progressive à horizon 2028. La BEAC voudrait éviter la disparition sèche ; le FMI, une exception qui ferait jurisprudence dans d'autres unions monétaires.
Pour les banques et entreprises de la sous-région, l'incertitude est coûteuse. Plusieurs projets industriels au Cameroun et au Congo ont vu leurs plans de financement remis à l'étude depuis avril, dans l'attente d'un arbitrage. La prochaine session du CPM et les prochaines revues FMI seront lues, ligne à ligne, pour tenter d'y lire la sortie du bras de fer.

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