BICICI : Ahmed Cissé renforce son emprise sur la banque, nouvelle étape dans l'ivoirisation du capital bancaire
En rachetant la participation de 21,09 % de la BNI, Brandon & Mcain Capital porte à 40,2 % sa part au capital de la BICICI. Une opération qui consacre la montée en puissance d'une nouvelle génération de capitalistes financiers ivoiriens sur les ruines du modèle bancaire européen.

Photo d'illustration · Source : ACTUFIN
ABIDJAN. Le paysage bancaire ivoirien poursuit sa profonde recomposition. Trois ans après la sortie du groupe français BNP Paribas de la Banque internationale pour le commerce et l'industrie de Côte d'Ivoire (BICICI), une nouvelle opération vient confirmer la montée en puissance des investisseurs privés nationaux dans un secteur longtemps dominé par les grands groupes bancaires internationaux.
La Banque nationale d'investissement (BNI) a annoncé la cession de l'intégralité de sa participation de 21,09 % dans le capital de la BICICI à Brandon & Mcain Capital, la société d'investissement fondée par Ahmed Cissé, président de la Confédération générale des entreprises de Côte d'Ivoire (CGECI). Sous réserve de l'autorisation de la Commission bancaire de l'UMOA, cette acquisition portera la participation de Brandon & Mcain Capital à 40,2 % du capital, contre 19,11 % auparavant.
Cette opération consolide Ahmed Cissé comme premier actionnaire de la banque, devant l'IPS-CNPS (21,54 %), tout en renforçant son influence sur un établissement dont il assure déjà la présidence du Conseil d'administration.

Une banque redevenue ivoirienne
Au-delà des chiffres, cette transaction marque une nouvelle étape dans un mouvement plus profond : celui de l'ivoirisation progressive du capital bancaire.
Le retrait de BNP Paribas en 2023 avait ouvert un nouveau chapitre pour la BICICI, longtemps considérée comme l'une des filiales les plus emblématiques du groupe français en Afrique de l'Ouest. Le passage sous contrôle d'investisseurs ivoiriens avait alors été perçu comme un test grandeur nature de la capacité du secteur privé national à reprendre des actifs bancaires de premier plan.
Trois ans plus tard, la sortie de la BNI du tour de table confirme que cette transition ne repose plus sur un équilibre entre investisseurs publics et privés. Elle consacre désormais la montée en puissance d'un actionnariat privé ivoirien capable de mobiliser des capitaux importants pour prendre le contrôle d'institutions financières stratégiques.
La montée d'une nouvelle génération de capitalistes financiers
L'opération illustre également l'émergence d'un cercle restreint d'entrepreneurs ivoiriens dont l'influence dépasse désormais leurs secteurs d'origine.
En renforçant sa participation dans la BICICI, Ahmed Cissé rejoint les grandes figures du capitalisme financier ivoirien aux côtés de Jean Kacou Diagou (NSIA), Koné Dossongui (Atlantic Group), Yérim Sow (Teyliom) ou encore Koné Soukpafolo, qui ont progressivement étendu leurs activités aux services financiers.
Ces dirigeants ne se limitent plus à développer leurs groupes industriels ou de services. Ils investissent désormais directement dans les infrastructures financières qui irriguent l'économie nationale, faisant de la banque un levier stratégique de leur développement.
Cette évolution rapproche progressivement la Côte d'Ivoire des grands marchés émergents où les principales institutions financières sont détenues par des groupes privés nationaux plutôt que par des banques étrangères.
Une banque aux fondamentaux solides
Le choix de Brandon & Mcain Capital intervient alors que la BICICI affiche des performances particulièrement robustes.
À fin 2025, l'établissement a enregistré un produit net bancaire de 79,5 milliards FCFA ainsi qu'un résultat net de 36,5 milliards FCFA, en progression de plus de 39 % sur un an.
Ces résultats témoignent de la solidité du modèle économique de la banque et expliquent l'intérêt stratégique que représente le renforcement de cette participation. Dans un environnement bancaire marqué par une concurrence accrue, la BICICI demeure l'un des actifs les plus rentables et les plus recherchés du marché ivoirien.
La fin d'un scénario de rapprochement avec la BNI
L'entrée de la Banque nationale d'investissement au capital de la BICICI avait alimenté, ces dernières années, les spéculations sur un éventuel rapprochement entre les deux établissements. La cession de l'intégralité de sa participation met un terme à cette hypothèse et clarifie les orientations stratégiques des deux institutions.
Pour la BNI, cette sortie pourrait également dégager des ressources destinées à financer d'autres priorités liées à son rôle de banque publique de développement, davantage orientée vers le financement des politiques économiques nationales que vers la détention d'actifs bancaires commerciaux.
Une tendance continentale
L'opération s'inscrit dans une dynamique observée dans plusieurs pays africains. Depuis plusieurs années, les grands groupes bancaires européens réduisent progressivement leur présence sur le continent, ouvrant la voie à une nouvelle génération d'investisseurs africains.
Au Burkina Faso, Coris Bank International d'Idrissa Nassa poursuit son expansion régionale. Le groupe Vista, fondé par Simon Tiemtoré, multiplie également les acquisitions d'actifs bancaires en Afrique de l'Ouest et centrale. La Côte d'Ivoire semble désormais suivre cette même trajectoire, avec un actionnariat privé national qui affirme progressivement son rôle dans le contrôle des principales institutions financières.
Une recomposition qui dépasse la BICICI
Pour les analystes, cette opération dépasse largement le cadre de la seule BICICI. Elle traduit la maturation progressive du secteur privé ivoirien, capable désormais de mobiliser des capitaux importants pour investir dans des secteurs stratégiques.
À moyen terme, cette évolution pourrait modifier durablement la gouvernance du secteur bancaire régional, avec des centres de décision davantage installés à Abidjan qu'à Paris ou dans d'autres places financières internationales.
Pour Ahmed Cissé, cette montée au capital représente bien davantage qu'un investissement financier. Elle consacre son entrée dans le cercle très fermé des entrepreneurs qui participent directement à la redéfinition du paysage bancaire ivoirien.
L'analyse ACTUFIN
Cette transaction raconte une histoire plus large que celle d'un changement d'actionnaire. Elle illustre le passage d'une banque historiquement contrôlée par un groupe européen à un établissement dont le destin est désormais largement entre les mains du capital privé ivoirien. Si cette tendance se confirme, la prochaine décennie pourrait être celle d'une nouvelle génération de groupes financiers africains, capables non seulement de reprendre les actifs cédés par les banques internationales, mais aussi d'en faire des plateformes régionales de financement de la croissance. C'est probablement l'une des mutations les plus structurantes de la finance ouest-africaine depuis deux décennies.
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