Gazoduc Nigeria–Maroc : la CEDEAO donne son feu vert politique à un corridor énergétique de 25 milliards de dollars
Réunis en sommet à Freetown, les chefs d'État ouest-africains ont franchi une étape décisive dans la réalisation de l'un des plus ambitieux projets d'infrastructures du continent. Au-delà de l'énergie, le gazoduc pourrait devenir la colonne vertébrale industrielle de l'Afrique de l'Ouest.

Photo d'illustration · Source : 51ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d'État et de gouvernement de la CEDEAO, Freetown
FREETOWN. Dix ans après son lancement, le projet de gazoduc reliant le Nigeria au Maroc vient de franchir son obstacle politique le plus important.
Réunis dimanche à Freetown, en Sierra Leone, à l'occasion du sommet de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), les chefs d'État ont approuvé et signé l'Accord intergouvernemental (IGA) encadrant la réalisation du Gazoduc Atlantique Afrique Nigeria–Maroc, une infrastructure estimée à 25 milliards de dollars.
Cette signature ne marque pas le début des travaux, mais elle constitue le premier véritable engagement collectif des États traversés, en définissant le cadre juridique, institutionnel et politique indispensable à la mobilisation des financements et à l'exécution du projet. Jusqu'à présent, le gazoduc reposait principalement sur une coopération bilatérale entre le Nigeria et le Maroc ; il devient désormais un projet officiellement porté par l'ensemble des États concernés de la CEDEAO.
Bien plus qu'un pipeline
À première vue, il s'agit d'une infrastructure énergétique. En réalité, la décision prise à Freetown est avant tout une décision de politique économique régionale.
Long d'environ 6 800 kilomètres, le futur gazoduc reliera les réserves gazières du Nigeria à treize pays de la façade atlantique ouest-africaine avant d'atteindre le Maroc, où il pourra être connecté au réseau gazier euro-méditerranéen. Sa capacité annoncée de 30 milliards de mètres cubes par an en ferait l'un des plus importants corridors gaziers du continent.
Mais son intérêt dépasse largement les exportations vers l'Europe. Pour la première fois, l'Afrique de l'Ouest disposerait d'une infrastructure énergétique capable d'alimenter simultanément plusieurs économies régionales, de soutenir l'industrialisation et de renforcer l'intégration économique voulue par la CEDEAO et la ZLECAf.
Le chaînon manquant de l'intégration économique
Depuis cinquante ans, la CEDEAO a multiplié les initiatives pour faciliter la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux. L'énergie est restée le maillon faible.
Les échanges commerciaux régionaux demeurent limités, en partie parce que les coûts de production restent élevés, eux-mêmes largement liés au coût et à l'irrégularité de l'approvisionnement énergétique.
Le gazoduc pourrait modifier cette équation. Des centrales électriques au gaz, des complexes pétrochimiques, des usines d'engrais, des cimenteries ou encore des industries agroalimentaires pourraient progressivement émerger le long de ce corridor énergétique.
Le véritable produit du gazoduc ne sera peut-être pas le gaz ; ce seront les industries qu'il permettra de faire naître.
Une victoire diplomatique pour Rabat et Abuja
La décision de Freetown représente également un succès diplomatique majeur pour le Maroc et le Nigeria. Lancé en 2016 sous l'impulsion du roi Mohammed VI et de l'ancien président nigérian Muhammadu Buhari, le projet avait longtemps été perçu comme une ambition géopolitique difficile à concrétiser.
L'adhésion officielle des États de la CEDEAO change désormais sa dimension : ce n'est plus uniquement un projet maroco-nigérian, mais un projet régional bénéficiant d'un soutien politique collectif.
ACTUFIN ANALYSE | Les grands gagnants économiques du futur gazoduc
Nigeria : valorisation de ses immenses réserves gazières et diversification de ses débouchés.
Côte d'Ivoire : développement d'un hub industriel et énergétique régional, en complément de son propre secteur gazier.
Sénégal : complémentarité avec les projets GTA et Sangomar.
Guinée : alimentation énergétique potentielle des projets miniers comme Simandou.
Maroc : consolidation de son ambition de devenir un hub énergétique entre l'Afrique et l'Europe.
Lire aussi
Dans la même rédaction
Capital-investissement · Afrique centrale
Danpullo Capital : Baba Ahmadou Danpullo institutionnalise sa fortune et ouvre une nouvelle page du capital-investissement en Afrique centrale
Le milliardaire camerounais crée un véhicule d'investissement basé à Douala pour gérer son patrimoine familial et financer les opportunités en Afrique centrale. Une décision qui traduit une évolution plus profonde : le passage des grands empires familiaux africains vers une gestion institutionnelle du capital.
Énergie · Nigeria
Dangote : 2,5 milliards de dollars levés avant ce qui pourrait devenir la plus grosse introduction en bourse de l'histoire africaine
Aliko Dangote a bouclé un placement privé de 2,5 milliards de dollars pour sa raffinerie, valorisant l'ensemble à environ 40 milliards de dollars. Une opération sursouscrite qui prépare une IPO historique à Lagos.
Tech & médias · Afrique
Communication digitale : Totem Experience accélère ses investissements pour accompagner la montée en puissance des marques africaines
Le groupe panafricain renforce ses expertises marketing, créatives et digitales dans un contexte où la communication devient un levier stratégique de création de valeur.