Investissements étrangers : la Guinée et la Côte d'Ivoire s'imposent parmi les destinations les plus suivies d'Afrique
Le Rapport sur l'investissement dans le monde 2026 de la CNUCED confirme la montée en puissance de deux économies francophones dans la compétition mondiale pour les capitaux. La Guinée se distingue par l'ampleur des investissements liés à son secteur minier, tandis que la Côte d'Ivoire consolide son attractivité grâce à une progression des projets d'investissement productifs.

Photo d'illustration · Source : Présidence de la République de Guinée, Programme Simandou 2040
L'Afrique continue de gagner du terrain dans la compétition mondiale pour les investissements directs étrangers (IDE), mais cette dynamique demeure fortement concentrée. Selon le World Investment Report 2026 publié cette semaine par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED/UNCTAD), le continent a attiré près de 70 milliards de dollars d'investissements directs étrangers en 2025, répartis entre 54 économies.
Derrière ce chiffre se cache toutefois une réalité plus contrastée : une poignée de pays concentre l'essentiel des flux internationaux. Parmi eux figurent deux économies francophones, la Guinée et la Côte d'Ivoire, dont les performances illustrent deux modèles distincts d'attractivité auprès des investisseurs internationaux. L'une capitalise sur l'essor de ses ressources minières stratégiques ; l'autre s'impose progressivement comme une plateforme régionale d'investissement grâce à la stabilité de son environnement économique.
Une reprise portée par quelques pôles d'attractivité
Après un niveau exceptionnel de 94 milliards de dollars en 2024, largement gonflé par un mégaprojet immobilier en Égypte, les flux d'IDE vers l'Afrique sont revenus à un niveau plus normalisé en 2025, autour de 70 milliards de dollars. Ce repli apparent ne doit toutefois pas masquer la tendance de fond : il s'agit de la troisième meilleure performance du continent depuis 1990, un niveau supérieur d'environ un tiers à la moyenne observée sur les trois dernières décennies.
Le principal enseignement du rapport réside moins dans le volume global que dans la répartition des investissements. Les dix premières destinations africaines concentrent à elles seules plus de 70 % des IDE reçus par le continent.
Cette concentration traduit la stratégie des investisseurs internationaux, qui privilégient des marchés offrant des perspectives de croissance durables, des projets de grande envergure et un environnement jugé suffisamment prévisible pour absorber des capitaux à long terme.
L'Égypte et l'Éthiopie illustrent parfaitement cette logique. Les deux pays figurent parmi les cinq premières destinations africaines des IDE depuis cinq années consécutives. L'Éthiopie, dont la croissance économique atteint 9,2 % selon le FMI, bénéficie en outre d'un statut particulier en accueillant le siège de l'Union africaine, renforçant son poids diplomatique et économique dans les décisions d'investissement internationales.
La Guinée, nouvelle puissance minière des investissements étrangers
Dans ce paysage largement dominé par l'Égypte, la Guinée s'impose comme la deuxième destination africaine des investissements directs étrangers en 2025, avec 7,76 milliards de dollars de flux entrants.
Le chiffre impressionne d'autant plus que le pays enregistre la plus forte progression du continent : +457 % en un an.
Cette dynamique est principalement portée par les investissements liés aux gigantesques projets miniers de bauxite et de minerai de fer, notamment autour du gisement de Simandou, considéré comme l'un des plus importants projets miniers au monde.
Pour les investisseurs internationaux, la Guinée apparaît désormais comme un acteur stratégique dans les chaînes d'approvisionnement mondiales en minerais critiques, indispensables aux industries sidérurgiques et à la transition énergétique.
Cette performance confirme ce qu'ACTUFIN documente depuis plusieurs mois : la richesse minérale guinéenne devient progressivement un véritable levier d'attractivité financière internationale.
Mais cette dynamique soulève également une question centrale pour les décideurs économiques. Comment transformer cet afflux exceptionnel de capitaux en développement industriel durable ? Le véritable défi ne réside plus uniquement dans l'extraction des ressources, mais dans la capacité du pays à développer localement des activités de transformation, à renforcer son tissu industriel et à intégrer davantage de valeur ajoutée dans les chaînes de production nationales.
La Côte d'Ivoire confirme un modèle d'attractivité plus diversifié
La trajectoire ivoirienne est sensiblement différente. Si la Côte d'Ivoire ne figure pas parmi les premiers bénéficiaires africains en valeur absolue, le rapport de la CNUCED met en évidence un indicateur particulièrement suivi par les investisseurs de long terme : les projets d'investissement greenfield, c'est-à-dire les investissements créant de nouvelles capacités de production.
Alors que le nombre de ces projets recule dans de nombreuses économies émergentes, l'Afrique enregistre une progression de 5 %, une dynamique portée principalement par l'Égypte et la Côte d'Ivoire, les deux seuls pays explicitement cités par la CNUCED.
Contrairement à la Guinée, dont les flux sont largement concentrés sur quelques projets miniers de très grande ampleur, la dynamique ivoirienne repose sur une diversification progressive des investissements. Industrie, logistique, infrastructures, énergie, agro-industrie et services alimentent un portefeuille de projets plus équilibré, généralement considéré comme plus résilient sur le long terme.

Cette reconnaissance intervient à un moment stratégique pour Abidjan. Le pays organisait cette même semaine le Groupe consultatif consacré au financement de son Plan National de Développement 2026-2030, un programme estimé à 209 milliards de dollars, quelques semaines après avoir été reclassé par le FMI et la Banque mondiale parmi les pays présentant un faible risque de surendettement.
Pour de nombreux investisseurs, cette stabilité macroéconomique, associée à une meilleure visibilité réglementaire, contribue à réduire le risque perçu et favorise l'implantation d'investissements productifs sur le long terme.
Deux trajectoires, un même objectif
La Guinée et la Côte d'Ivoire illustrent deux modèles distincts de captation des capitaux internationaux. La première transforme une exceptionnelle dotation en ressources naturelles en afflux massif d'investissements concentrés sur le secteur extractif. La seconde construit progressivement son attractivité autour d'un environnement économique stable, d'une diversification sectorielle croissante et d'une capacité à attirer un nombre élevé de nouveaux projets industriels.
Ces deux approches répondent à des logiques économiques différentes mais témoignent d'une même réalité : les investisseurs internationaux continuent d'identifier des opportunités significatives en Afrique francophone lorsque les fondamentaux économiques, les ressources stratégiques ou la visibilité des politiques publiques créent un environnement favorable à l'investissement.
ACTUFIN en chiffres
Afrique (2025). IDE reçus : près de 70 milliards USD. Pays bénéficiaires : 54. Part des 10 premières destinations : plus de 70 % des flux. Évolution des projets greenfield : +5 %.
Guinée. IDE reçus : 7,76 milliards USD. Progression annuelle : +457 %. Principal moteur : bauxite et minerai de fer. Classement africain : 2ᵉ destination des IDE.
Côte d'Ivoire. Parmi les principaux moteurs de la hausse des projets greenfield en Afrique. Plan National de Développement 2026-2030 : 209 milliards USD. Atouts : stabilité macroéconomique, diversification de l'économie et environnement d'investissement favorable.
L'analyse ACTUFIN
Le rapport 2026 de la CNUCED rappelle qu'il n'existe pas de modèle unique d'attractivité des investissements en Afrique. La Guinée démontre qu'un pays peut attirer rapidement des volumes considérables de capitaux lorsqu'il dispose d'actifs miniers stratégiques répondant à la demande mondiale en matières premières critiques.
La Côte d'Ivoire illustre une trajectoire différente. Son attractivité repose moins sur un projet exceptionnel que sur l'accumulation progressive d'investissements dans plusieurs secteurs, soutenue par une stabilité macroéconomique reconnue et un cadre réglementaire relativement prévisible.
Ces deux trajectoires présentent toutefois un défi commun. Attirer des investissements directs étrangers constitue une première étape ; la véritable création de valeur dépend de la capacité à transformer ces capitaux en emplois qualifiés, en industries locales, en transfert de technologies et en montée en compétence des entreprises nationales.
Pour les décideurs africains, la compétition ne se joue donc plus uniquement sur le volume des capitaux captés, mais sur leur capacité à faire des investissements étrangers un moteur durable de transformation économique.
Lire aussi
Dans la même rédaction
Capital-investissement · Afrique centrale
Danpullo Capital : Baba Ahmadou Danpullo institutionnalise sa fortune et ouvre une nouvelle page du capital-investissement en Afrique centrale
Le milliardaire camerounais crée un véhicule d'investissement basé à Douala pour gérer son patrimoine familial et financer les opportunités en Afrique centrale. Une décision qui traduit une évolution plus profonde : le passage des grands empires familiaux africains vers une gestion institutionnelle du capital.
Énergie · CEDEAO
Gazoduc Nigeria–Maroc : la CEDEAO donne son feu vert politique à un corridor énergétique de 25 milliards de dollars
Réunis en sommet à Freetown, les chefs d'État ouest-africains ont franchi une étape décisive dans la réalisation de l'un des plus ambitieux projets d'infrastructures du continent. Au-delà de l'énergie, le gazoduc pourrait devenir la colonne vertébrale industrielle de l'Afrique de l'Ouest.
Énergie · Nigeria
Dangote : 2,5 milliards de dollars levés avant ce qui pourrait devenir la plus grosse introduction en bourse de l'histoire africaine
Aliko Dangote a bouclé un placement privé de 2,5 milliards de dollars pour sa raffinerie, valorisant l'ensemble à environ 40 milliards de dollars. Une opération sursouscrite qui prépare une IPO historique à Lagos.