PND 2026-2030 : la Côte d'Ivoire joue gros devant ses bailleurs à Abidjan
Les 8 et 9 juillet, le Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire accueille le Groupe consultatif pour le financement du Plan National de Développement 2026-2030. Enjeu affiché : 209 milliards de dollars d'investissements sur cinq ans, et une ambition claire. Faire basculer la Côte d'Ivoire dans le club des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d'ici 2030.

Photo d'illustration · Source : Groupe consultatif pour le financement du PND 2026-2030, Abidjan
Le décor est posé avec soin. Ce mercredi 8 juillet, dans la salle des Fêtes du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire de Cocody, le Vice-Président de la République, Tiémoko Meyliet Koné, a ouvert les Assises du Groupe consultatif pour le financement du Plan National de Développement 2026-2030, en présence du Premier ministre Robert Beugré Mambé, du Vice-Premier ministre Téné Birahima Ouattara, de plusieurs membres du gouvernement, de partenaires internationaux et d'investisseurs. Le thème retenu résume l'ambition du moment : « Renforcement des infrastructures de soutien à la croissance de l'économie ivoirienne ».
Derrière la mise en scène diplomatique, un chiffre domine tous les débats : 114 838,5 milliards de FCFA, soit environ 209 milliards de dollars. C'est le montant total que la Côte d'Ivoire doit mobiliser sur cinq ans pour financer un plan déjà voté à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 14 avril 2026, puis par le Sénat le 5 mai.
Le PND 2026-2030 n'est pas une simple reconduction du cycle précédent. Le programme 2021-2025, doté d'une enveloppe de 59 000 milliards de FCFA, avait affiché un taux d'exécution de 94,01 %, soit 55 466 milliards de FCFA effectivement investis, pour une croissance économique moyenne de 6,5 % par an. L'une des meilleures performances d'Afrique subsaharienne sur la période. Le nouveau plan double quasiment la mise, avec l'objectif de porter la croissance moyenne à 7,2 % par an, le PIB par habitant à 4 500 dollars contre 3 148,2 dollars en 2025, et de créer plus de 3 millions d'emplois formels tout en ramenant le taux de pauvreté sous les 20 %.
Six piliers structurent cette feuille de route : la paix et la stabilité, l'agriculture et l'agro-industrie, le développement du secteur privé et l'industrialisation, le capital humain, les infrastructures stratégiques, et la bonne gouvernance. Une architecture pensée, selon le ministre du Plan et du Développement Souleymane Diarrassouba, pour faire du PND 2026-2030 un véritable instrument de transformation, de prospérité et de solidarité pour le pays.
Le vrai enjeu porte sur une question simple : qui paie, et comment. Sur le papier, l'équation financière est déjà largement documentée. 70,2 % de l'enveloppe globale, soit environ 80 615 milliards de FCFA, doivent provenir du secteur privé national et international. Un choix qui traduit une orientation assumée : faire du capital privé le principal moteur de cette décennie de transformation, plutôt que de reproduire un modèle de développement porté par la seule dépense publique. La contribution publique, estimée à 34 224 milliards de FCFA, doit quant à elle être couverte pour l'essentiel par les marchés financiers : 26 795 milliards de FCFA attendus des marchés, dont 91,6 % sur le marché régional de l'UEMOA et 8,4 % sur les marchés internationaux.
C'est dans ce contexte que s'inscrit précisément le Groupe consultatif des 8 et 9 juillet : un objectif de mobilisation de 11 138,2 milliards de FCFA, dont 7 750 milliards sont déjà identifiés sous forme d'emprunts-projets auprès de partenaires historiques. Le véritable enjeu des deux journées porte donc sur un reliquat plus resserré, environ 3 389 milliards de FCFA, soit 8,9 % du besoin de financement total du PND, mais dont l'obtention conditionnera la crédibilité de l'ensemble du montage financier aux yeux des marchés.
La Côte d'Ivoire n'aborde pas ce rendez-vous en position de faiblesse. Le pays a été reclassé en juin 2026 par le FMI et la Banque mondiale dans la catégorie des pays à faible risque de surendettement, un signal fort pour des bailleurs traditionnellement prudents sur la soutenabilité de la dette. À cela s'ajoutent une notation souveraine en amélioration continue, des émissions d'Eurobonds réussies, et une multiplication par 2,6 des investissements directs étrangers entre 2021 et 2025. Le terrain avait par ailleurs été préparé en amont : un accord de 328 milliards de FCFA signé avec le groupe ABD lors d'un forum consacré au PND à Washington en avril, et 565 milliards de FCFA déjà mobilisés dans le cadre du nouveau Cadre de Coopération Côte d'Ivoire-ONU 2026-2030, aligné sur les priorités du plan.
Le PNUD a d'ores et déjà salué, par la voix de sa représentante résidente Blerta Cela, un plan qualifié de particulièrement visionnaire, réaffirmant l'engagement de l'institution à accompagner le gouvernement sur le climat, l'emploi des jeunes, l'innovation et la promotion du « Made in Côte d'Ivoire ».
Parmi les secteurs mis en avant lors de l'ouverture des travaux, l'agriculture occupe une place de choix. Le ministre de l'Agriculture, du Développement Rural et des Productions Vivrières, Bruno Nabagné Koné, a présenté aux partenaires financiers les enjeux de productivité et de développement des chaînes de valeur agricoles, invitant les bailleurs à saisir les opportunités d'investissement inscrites dans le PND, en particulier sur les projets structurants du secteur. Un signal cohérent avec la stratégie plus large du pays, qui cherche à faire remonter la valeur ajoutée de ses filières agricoles plutôt que d'en rester à l'exportation de matières premières brutes.
La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières a également pris part à ces Assises, rappelant son rôle de mobilisatrice de l'épargne et du financement à long terme pour l'ensemble de l'UEMOA. Sa présence n'est pas anodine : avec plus de 24 500 milliards de FCFA attendus du marché régional dans le financement public du PND, la BRVM et le marché obligataire de l'Union constituent l'un des piliers silencieux, mais déterminants, de la stratégie de financement ivoirienne, bien avant les grands financements multilatéraux qui font la une des communiqués officiels.
À l'issue des deux journées, plusieurs signaux méritent d'être suivis avec attention. Le premier est le montant effectivement engagé par les bailleurs et investisseurs à la clôture, le 9 juillet, comparé à l'objectif de 11 138,2 milliards de FCFA. Le second est la nature des engagements : dons, prêts concessionnels, prêts-projets ou véritables engagements d'investissement privé direct, une distinction cruciale pour évaluer la soutenabilité réelle du financement. Le troisième concerne les projets structurants retenus en priorité, notamment dans les infrastructures stratégiques et l'agro-industrie. Le quatrième, et peut-être le plus décisif sur le long terme, est la capacité du pays à transformer ces engagements en décaissements réels dans les prochains trimestres, le point sur lequel butent historiquement la plupart des grands plans de financement du développement en Afrique.
Pour la Côte d'Ivoire, première économie de l'UEMOA, ce Groupe consultatif constitue un test de crédibilité qui dépasse ses propres frontières : la capacité du pays à transformer une décennie de croissance soutenue en financement bouclé de sa prochaine étape de développement sera scrutée par l'ensemble des économies de la sous-région, engagées dans des trajectoires comparables de recherche de financement extérieur.
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