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Portrait · Leadership & infrastructures

Afri Esaïe Kouassi : après près de deux décennies dans les ports africains, le pari de l'entrepreneuriat

De la comptabilité au Port Autonome de San Pedro aux fonctions commerciales panafricaines chez Webb Fontaine, Afri Esaïe Kouassi a construit un parcours à la croisée des ports, du commerce international, de la logistique et de la transformation digitale. Il ouvre aujourd'hui un nouveau chapitre chez YESOD Africa.

La rédaction · ACTUFIN·11 août 2026 à 07:00· 9 min de lectureExclusif
Afri Esaïe Kouassi : après près de deux décennies dans les ports africains, le pari de l'entrepreneuriat

Photo d'illustration · Source : Document ACTUFIN

Il y a des changements professionnels qui ressemblent à des ruptures. Et puis il y a ceux qui ressemblent davantage à une recomposition de trajectoire. L'annonce faite récemment par Afri Esaïe Kouassi appartient clairement à la seconde catégorie.

Après près de cinq années passées au sein de Webb Fontaine, où il a progressivement évolué jusqu'à la fonction de Vice-President Sales for Africa, le professionnel ivoirien annonce son départ de l'entreprise et son arrivée dans une nouvelle phase de son parcours : celle de l'entrepreneuriat et du conseil. Un changement de statut, mais surtout un changement de perspective.

« Je pars d'une entreprise. Je ne pars pas d'une aventure. Je commence un nouveau chapitre. »

Afri Esaïe Kouassi · YESOD Africa Management & Consulting

La formule résume assez bien le parcours de cet expert des écosystèmes portuaires et logistiques africains : celui d'un professionnel qui n'a pas construit sa carrière dans un seul métier, mais dans la compréhension progressive d'une chaîne de valeur devenue stratégique pour le continent.

Un parcours construit au contact du terrain

Le parcours de Kouassi commence loin des fonctions de direction commerciale internationale. Il commence au Port Autonome de San Pedro, où il passe environ huit années, d'abord dans les métiers comptables et financiers. Cette première expérience est importante pour comprendre la suite.

Avant de parler de transformation digitale, de développement commercial ou de stratégie portuaire, Kouassi apprend d'abord l'entreprise par ses flux financiers, ses opérations et ses contraintes quotidiennes. Les sources professionnelles disponibles confirment son passage au Port Autonome de San Pedro comme comptable fournisseurs, clients et intérimaire responsable de la trésorerie, entre 2007 et 2015.

Puis vient un changement d'échelle. En 2015, il rejoint l'Association de Gestion des Ports de l'Afrique de l'Ouest et du Centre, AGPAOC/PMAWCA, où il exerce comme Chief Projects Officer, chef de projets. Ce poste lui donne une exposition beaucoup plus large aux problématiques portuaires régionales.

Les documents professionnels consacrés à son parcours indiquent qu'il a travaillé sur des problématiques liées à la facilitation du commerce, aux Guichets Uniques, aux Port Community Systems, aux échanges de données et à l'amélioration des opérations portuaires et douanières dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre.

Les quatre temps d'une trajectoire

PériodeOrganisationFonctionApport
2007-2015Port Autonome de San PedroComptable fournisseurs et clients, trésorerie par intérimLecture financière et opérationnelle d'un port
2015-2021AGPAOC / PMAWCAChief Projects OfficerFacilitation du commerce, guichets uniques, données portuaires
2021-2026Webb FontaineBusiness Development Manager puis Vice-President Sales for AfricaCommerce international et transformation digitale à l'échelle du continent
2026YESOD AfricaConseil, formation, intelligence économiquePassage de l'expertise à l'entrepreneuriat
Compilation ACTUFIN à partir des informations professionnelles publiques.

C'est probablement à cette étape que se forme ce qui deviendra sa principale singularité professionnelle : une connaissance du secteur qui ne se limite ni au port, ni à la technologie, ni au commerce, mais qui relie ces différents univers.

Du port physique au port numérique

Cette évolution est particulièrement visible dans ses prises de parole et travaux récents. En mai 2025, Afri Esaïe Kouassi co-signe avec Laurence Debain, chez Webb Fontaine, une analyse publiée autour de la digitalisation des plateformes portuaires africaines et européennes. Le document porte notamment sur les Port Community Systems, l'interopérabilité, la fluidité des corridors logistiques et la transformation numérique des ports.

L'analyse met en évidence un changement fondamental : la compétitivité d'un port ne dépend plus seulement de ses quais, de ses grues ou de sa capacité physique. Elle dépend également de sa capacité à faire circuler efficacement l'information.

Autrement dit, le port moderne devient progressivement une infrastructure physique augmentée par une infrastructure numérique. C'est précisément sur cette interface que Kouassi a développé une partie de son expertise.

Le port comme horizon de travail quotidien · Document ACTUFIN
Le port comme horizon de travail quotidien · Document ACTUFIN

Son parcours chez Webb Fontaine l'a ensuite conduit du développement commercial à des responsabilités couvrant l'Afrique. Les profils professionnels disponibles retracent son évolution de Business Development Manager for Africa à Vice-President Sales for Africa. Son exposition n'a d'ailleurs pas été limitée à la Côte d'Ivoire : des programmes professionnels le présentent comme intervenant sur des questions de digitalisation, de commerce international, de gestion portuaire et de transformation des chaînes logistiques dans plusieurs rendez-vous spécialisés en Afrique.

Intervention au Salon international des Ports, El Jadida, Maroc, avril 2026 · Document ACTUFIN
Intervention au Salon international des Ports, El Jadida, Maroc, avril 2026 · Document ACTUFIN

Une expertise devenue panafricaine

C'est probablement l'un des éléments les plus importants de son parcours. Kouassi n'est pas seulement passé d'une fonction à une autre. Il est progressivement passé d'une vision locale du port à une lecture panafricaine des corridors commerciaux.

Lors d'une intervention liée aux travaux de l'AGPAOC à Pointe-Noire en novembre 2025, il a notamment défendu l'idée de corridors numériques connectés, capables de fluidifier les échanges, d'améliorer la traçabilité et de renforcer la sécurisation des marchandises. Son exemple du corridor Bénin-Niger illustre cette approche : le problème portuaire ne s'arrête pas aux limites physiques du port. Il se prolonge sur toute la chaîne logistique terrestre et transfrontalière.

Cette approche prend une importance particulière alors que les pays africains cherchent à améliorer leurs infrastructures commerciales, à réduire les coûts logistiques et à mieux connecter leurs marchés. Le sujet n'est donc plus seulement de savoir comment développer les ports africains, mais comment les transformer en plateformes compétitives au service de chaînes de valeur régionales. C'est une question beaucoup plus large. Et c'est précisément dans cet espace que se situe désormais sa nouvelle aventure professionnelle.

YESOD Africa : passer de l'expertise à l'entrepreneuriat

La nouvelle étape se déroule chez YESOD Africa. L'entreprise n'est pas une structure apparue avec cette nomination. YESOD Africa Management & Consulting revendique depuis plusieurs années un positionnement panafricain dans le conseil, les études et l'accompagnement des organisations.

Son offre couvre notamment les études et analyses, l'intelligence économique et la veille, la transformation et l'innovation ainsi que la formation et les séminaires. Ses secteurs d'intervention comprennent les ports et la logistique, les institutions publiques, les PME et startups ainsi que les télécoms et le digital.

Le capital accumulé

~20 ans

Expérience cumulée dans les écosystèmes portuaires et logistiques

8 ans

Fonctions financières au Port Autonome de San Pedro

6 ans

Chef de projets à l'AGPAOC / PMAWCA

5 ans

Webb Fontaine, jusqu'à Vice-President Sales for Africa

Cette architecture donne une cohérence particulière à son arrivée. Son expérience apporte à YESOD Africa un profil qui combine connaissance du terrain, gestion de projet, commerce international, développement commercial, transformation digitale et connaissance des décideurs publics et privés. C'est une combinaison particulièrement recherchée dans les secteurs d'infrastructures.

Car vendre une solution technologique à un port n'est pas la même chose que comprendre pourquoi un port doit se transformer. Et conseiller un décideur public sur une réforme logistique n'est pas la même chose que vendre une technologie. La valeur ajoutée se situe précisément dans la capacité à comprendre les deux côtés de l'équation.

Africa Harbors : quand l'expertise devient aussi une capacité d'influence

L'autre élément intéressant de cette nouvelle étape est la présence d'Africa Harbors, média consacré à l'économie portuaire africaine. Africa Harbors se présente comme un média et magazine spécialisé dans les ports, les corridors logistiques et les acteurs de l'économie maritime africaine. Sa ligne éditoriale associe actualité, enquêtes, interviews et analyses stratégiques. Le magazine a publié son premier numéro en octobre 2025, suivi d'un deuxième numéro en mars 2026.

Africa Harbors, le magazine dédié aux bâtisseurs de l'économie portuaire africaine · Africa Harbors
Africa Harbors, le magazine dédié aux bâtisseurs de l'économie portuaire africaine · Africa Harbors

Cette dimension médiatique mérite d'être observée. Car dans les secteurs stratégiques, l'influence ne se construit plus uniquement par le conseil ou les contrats. Elle se construit également par la capacité à produire et diffuser de la connaissance.

Un capital relationnel construit sur deux décennies

Dans son annonce, Kouassi évoque également les nombreuses rencontres réalisées au cours de son parcours avec des décideurs publics et privés, jusqu'à des chefs d'État, ministres et dirigeants d'entreprises. Cette dimension relationnelle est difficilement quantifiable, mais elle constitue un actif important dans les métiers du conseil stratégique et des infrastructures.

Le secteur portuaire fonctionne en effet à l'intersection de plusieurs mondes : États, autorités portuaires, douanes, transporteurs, chargeurs, opérateurs de terminaux, banques, assureurs, technologies, logistique et investisseurs. Comprendre les intérêts de chacun est une compétence. Savoir les faire travailler ensemble en est une autre.

Le prochain défi : transformer l'expérience en résultats

C'est ici que commence véritablement la nouvelle histoire. Une carrière de près de vingt ans constitue un capital important. Mais l'entrepreneuriat impose une autre logique. Un expert est évalué sur son expérience. Un entrepreneur est évalué sur sa capacité à transformer cette expérience en valeur.

Le défi pour Kouassi sera donc désormais de démontrer que son parcours peut devenir une offre structurée, reproductible et mesurable pour les organisations africaines. Sa propre formulation donne déjà une direction : accompagner les États, les ports, les entreprises et les acteurs de la chaîne logistique africaine dans leurs enjeux de transformation, de performance, de digitalisation, de développement des compétences et de compétitivité.

Cette ambition est cohérente avec les expertises affichées par YESOD Africa. Mais elle ouvre également une question stratégique : comment transformer une expertise individuelle en plateforme panafricaine capable de produire de la connaissance, de former les décideurs et d'accompagner concrètement les transformations ? C'est probablement là que se jouera la réussite de ce nouveau chapitre.

Une carrière qui change de modèle

Le parcours d'Afri Esaïe Kouassi raconte finalement quelque chose de plus large sur l'évolution des métiers en Afrique. Il y a vingt ans, un professionnel pouvait commencer dans la gestion financière d'un port, puis évoluer vers la gestion de projets, ensuite vers la facilitation du commerce, puis vers les technologies portuaires, puis vers le développement commercial panafricain. Aujourd'hui, il peut transformer cette expérience en entreprise de conseil, plateforme de formation, média spécialisé et outil d'intelligence économique.

Cette trajectoire reflète aussi la transformation du secteur lui-même. Les ports africains ne sont plus seulement des infrastructures physiques : ils deviennent des actifs stratégiques de compétitivité nationale et régionale. La donnée devient aussi importante que la marchandise, la technologie aussi importante que l'infrastructure, les compétences aussi importantes que les équipements. Et l'intelligence économique devient un avantage concurrentiel.

Le pari d'une deuxième carrière

Il serait donc réducteur de présenter son départ de Webb Fontaine comme une simple transition professionnelle. Après près de cinq années dans une entreprise internationale de technologie et de facilitation du commerce, son choix marque plutôt le passage d'une logique de direction commerciale à une logique de construction entrepreneuriale.

Le capital accumulé est considérable : expérience portuaire, exposition internationale, gestion de projets, développement des affaires, compréhension des administrations, connaissance des chaînes logistiques et réseau professionnel africain. Mais le véritable enjeu commence maintenant : transformer le parcours en institution, l'expérience en méthode, le réseau en plateforme, et la connaissance des ports africains en solutions concrètes pour leur compétitivité.

Pour Afri Esaïe Kouassi, le port n'est plus seulement un lieu de passage. Il pourrait devenir le point de départ d'une nouvelle aventure entrepreneuriale.

Catégorie · InfrastructuresAfrique de l'Ouest · Côte d'Ivoire

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